La liberté dans le geste de création
Création_Apprendre quelque chose de neuf
Dans sa filiation étymologique, la création dont je souhaite parler n’est pas directement la “création du monde”, mais tout de même reliée à l’action d’établir quelque chose pour la première fois. Comme j’existe dans un monde où les neurosciences sont à l’honneur, j’aime à penser que dans le processus de la création, il y a de nouvelles connexions synaptiques qui se font dans mon cerveau. Établir quelque chose neuf, sans prétendre être Dieu, s’inscrit finalement tout de même dans le sens que “réinventer” le monde. Cependant, je préfère considérer cela dans une modalité plus personnelle de renouvèlement qui me touche comme personne en tant que sujet de mon expérience. Il y a ainsi dans le phénomène du processus de création un réel potentiel pour le renouvèlement de soi, toujours déjà dans mon propre monde, dans le sens où la mise-en-action d’une oeuvre implique son lot d’apprentissages.Le temps et la liberté
La liberté m’apparaît comme une sorte d’état sans frontière. Je crois que le plus souvent les délimitations/limitations viennent de moi-même. Avez-vous déjà été confronté à des états de procrastination ? Oui… Je sais… Pour beaucoup de personnes, ces états sont nécessaires afin que la nouveauté se manifeste. De mon côté, je crois que le vrai défi est celui de ne pas dépendre de quoi que ce soit pour me mettre au travail. Mais surtout, il s’agit de prendre le temps de prendre le temps. Il importe que je me mette au travail et les heures passent sans que je m’en rende compte. Souvent je me dis que ça se passe “entre mes deux oreilles”. Dans ces conditions, la difficulté est plus spécifiquement liée à une question existentielle. Ne pas me lâcher. J’ai souvent envié l’énergie des hommes dans la création, ils sont généralement persévérants et ils ne semblent pas paralysés par le doute. Ce qui m’amène naturellement à la question de la confiance, qui pour ma part est une fondation de la démarche heuristique !La confiance et la liberté
Si je réfléchis bien, il est évident que pour moi la confiance est une dimension à travailler. Elle se révèle constamment assez fragile. Je rencontre une sorte de “timidité” de mise-en-action de façon générale et aussi de mise-en-relation, comme par exemple montrer mon travail aux autres. Et pourtant, lorsque je suis bien ancrée dans ma confiance, je peux réellement me déployer dans une grande liberté et mes mises-en-action s’en trouvent nécessairement inventives.Liberté d’action
Natalie Goldberg, auteur du livre “Thunder and Lightning” traduit en français par “L’écriture : du premier jet au chef d’oeuvre”, parle d’une certaine liberté d’écrire dans la soumission à la forme, à la structure et au projet. C’est peut-être un moyen de contrer la “procrastination paralysante” et le doute… Il est certain qu’avec des échéances telles qu’une exposition ou une rencontre avec un acheteur, le travail tend à se terminer ! Mais pour moi, avant même de penser à la question des modalités de réalisation, je rencontre des problématiques de mises-en-action.Le temps / le lieu
L’état de liberté est composé d’une plage de temps pour soi. C’est ce qui est proposé par l’auteur Julia Cameron à travers son livre “Libérer votre créativité” dans lequel elle expose une discipline personnelle qui consiste à écrire 3 pages par jour et à se donner un ou plusieurs moments sous forme d’atelier libre durant la semaine. En bref, elle parle d’un temps quotidien et d’un ensemble de temps hebdomadaires, des rendez-vous d’artiste où tout est possible. Ces temps d’action dédiés à l’abordage de la création soutiennent l’émergence/évolution d’un projet.
Personnellement, je suis également confrontée à la question d’un lieu – une chambre à soi comme l’a judicieusement nommé Virginia Wolf. J’ai un espace modulable pour composer avec la réalité d’un espace restreint et je fragmente mes projets en plusieurs morceaux afin de pouvoir travailler « grand ».
Je saisis intensément la liberté comme étant un temps et un lieu en soi, à l’intérieur de soi-même en même temps qu’une réalité extérieure. Dans le sens de la dimension intime reliée à soi, la liberté est aussi une responsabilité envers soi-même d’honorer le désir de création et l’expression singulière qui en émerge.